Il est absolument fondamental, aussi bien d’un point de vue biomécanique, que neurosensoriel (Le Normand et Percevault 2001, Janin 2009).
D’un point de vue mécanique :
Le simple bon sens permet de se douter que la base est importante pour assurer la stabilité de l’édifice sus-jacent.
Le pied est extrêmement bien conçu : c’est un système articulé et déformable comprenant 26 os, 16 articulations, 107 ligaments et 20 muscles (intrinsèques, c’est-à-dire sans compter les muscles de la jambe se terminant dans le pied).

Cette organisation complexe lui confère à la fois la souplesse et la rigidité qui lui permettent d’assurer ses deux fonctions contradictoires, mais toutes deux indispensables à la stabilisation :
– l’adaptation au sol et aux mouvements du membre inférieur, ainsi que l’amortissement
– la propulsion.
Ce système complexe est malgré tout fragile, et lorsque cette belle mécanique se dérègle, les conséquences peuvent être nombreuses, au niveau du pied, et également aux étages sus-jacents (genoux, hanches, dos : Branswaithe et al 2004, Fong et al 2008). (Voir Pathologies du pied)
Le pied n’est donc pas isolé du reste du corps par une séparation invisible. Ce n’est qu’une partie de l’ensemble, qui :
– influe sur l’ensemble du corps
– est influencé par l’ensemble du corps.
Plusieurs auteurs ont très bien décrit la chaîne articulaire qui associe les mouvements du pied à ceux du membre inférieur et de tout le corps (Kapandji 1977, Bensussan et Nicolas 1983, Bouisset et Maton 1996, Bessou et al 1998, Khamis et Yizhar 2007…).

Il est donc totalement impossible d’agir sur le pied sans avoir une action globale sur l’ensemble du corps.
Plutôt que de la dénier, il me semble préférable de tenir compte de cette réalité, et d’essayer de comprendre les mécanismes qui la sous-tendent afin de maximiser l’efficacité des traitements par semelles, et la sécurité des patients.
D’un point de vue neurosensoriel :
En posturolgie, on considère que les os, les articulations et les muscles constituent la sortie du système postural (voir Comment ça marche?).
On va donc en tenir compte, mais ce qui nous intéresse davantage ce sont les phénomènes qui se situent en amont de cette sortie, et qui déterminent la sortie : ce qui se passe au niveau des entrées du système, et notamment la peau plantaire et les très nombreux capteurs qu’elle contient. « La peau commande le muscle. » Philippe Villeneuve.
Le mépris pour le pied est très socio-culturel. On remarquera l’importance accordée à juste titre au pied par d’autres civilisations, celles ont compris empiriquement et intuitivement l’étendue de son rôle, non seulement mécanique, mais aussi neurosensoriel.

Saviez vous que la peau et le système nerveux partagent la même origine embryologique ? (l’ectoblaste, le tout premier feuillet composant l’être humain) Encore une fois, pourquoi séparer les choses ?
Étant en contact avec le sol, le rôle du pied est donc double : effecteur mais aussi et surtout capteur sensoriel, une véritable “rétine tactile“, pour reprendre l’expression de Misery. (2000)
Un moyen simple et visuel de s’en convaincre est l’homonculus de Penfield (1950), qui représente l’importance fonctionnelle des différentes parties du corps. En proportion, le coté moteur (en rouge) du pied apparaît déjà important, mais c’est au niveau sensitif (en bleu) que cette disproportion est la plus forte : presque aussi grand que la main, et plus que le torse.



Il est important de garder à l’esprit que le Système Postural a un fonctionnement non linéaire.
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